Retour à l'accueil                                                                                                         L'Eloge de l'Eloge


Je viens de coller les dernières coupures de presse reproduisant les éloges des personnalités présentes au vernissage de ma dernière exposition : compliments sincères en faveur de mes toiles et poèmes. Dans la foulée, je lis les critiques, aussi élogieuses, écrites sur mon “ Livre d’Or ” et je me paye une tranche d’épistémologie. Pourquoi ai-je désiré cette reconnaissance ?

            Honnêtement, je pense que je l’ai toujours recherchée, à toutes les étapes de ma vie et depuis ma plus tendre enfance, moi l’enfant unique martyre d’une Folcoche de mère. Enfant martyr, je l’ignorais et pourtant, si je me sentais coupable, j’avais l’intuition d’être mal aimée de mes parents. Les souffrances physiques que j’endurais m’ont vite parues injustifiées, combien-même mon entourage me laissât croire le contraire.

Bien sûr, on me répétait sans cesse : « il faut souffrir pour être belle ». D’accord, va encore pour le fer à friser qui tiraient trop fort mes cheveux raides ! Mais fallait-il pour cela qu’il me brûle le crâne, l’oreille ou le cou ? Ces cheveux trop raides étaient la hantise de ma mère qui possédait une magnifique chevelure frisant naturellement. Alors elle s’acharnait tous les dimanches sur ma tête en me donnant une gifle si j’avais le malheur de la retirer lorsqu’elle me brûlait allègrement. Mais belle, je savais que je ne l’étais pas, puisque ma chère maman ne cessait de me le répéter. Si on s’aventurait à me trouver mignonne, elle répondait en énumérant tous les soucis que je lui causais avec ma méchanceté d’enfant gâté. Alors ses “amies” me faisaient la morale en me disant : « Il faut être gentille avec ta maman qui t’aime beaucoup. » Une fois de plus, j’étais sûre que j’étais “ vilaine ” et que je méritais les châtiments corporels que mes parents m’infligeaient. Mon père, en rentrant le soir, était sommé de me flageller __ Oh ! mes pauvres petites jambes de fillette hurlante ! __ avec une baguette d’osier. Ma mère le recevait avec un visage défait et une démarche flageolante en pleurnichant «  J’en peux plus ! J’en peux plus ! Cette gamine va me faire mourir ! » Alors son mari la consolait tendrement et venait me châtier pour avoir « fait pleurer maman » … Et puis on m’envoyait au lit toute sanglotante sans m’accompagner. Je ne peux oublier toutes les peurs qui me paralysaient tandis que je me dirigeais dans le grand couloir plein de recoins (où pouvaient se cacher n’importe quel monstre ou croquemitaine dont on me menaçait sans cesse) qui me conduisait à ma petite chambre. Je ne me couchais jamais avant d’avoir regardé sous mon petit lit. J’avais mal, j’avais peur… ; pourtant je croyais à  l’amour de mes parents et je me promettais de mieux me conduire le lendemain. Depuis, j’ai appris que tous les enfants martyrs réagissent de même et c’est là que j’ai compris que j’étais l’un d’eux : une petite fille qui avait tellement peur de déplaire qu’elle souffrait d’une timidité maladive, d’autant plus qu’on se moquait de son « seveu sur la langue » quand elle parlait.

            Timide, trop boulotte, toujours traitée d’incapable par une mère en vif-argent qui me chassait brutalement : «  Ote-toi de là : tu ne sais rien faire de tes dix doigts pour m’aider ! », je n’avais aucune confiance en moi lorsque je suis entrée à l’école primaire. C’est ma grand-mère qui m’y a emmenée car elle habitait tout près et connaissait bien le couple d’instituteurs de l’école à deux classes du village. Une grande fille m’a prise par la main et m’a emmenée dans la “cour des filles”, séparée de “celle des garçons” par un grand mur. Là elle m’inséra dans une ronde. Elle est restée mon amie jusqu’à l’adolescence : à quinze ans, je l’ai revue pour la dernière fois. Elle avait dix-huit ans et, un an après, j’ai su qu’elle était morte de méningite aiguë.

 

.../...    Merci de contacter l'Agent de Marie Monis pour la suite.

                                                                                                             

 Cette oeuvre est protégée sous "Copyright" (Loi du 11 mars 1957) :
Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, est interdite.

logo_copyright